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Gros plans

Webinaire FKCCI : «Le Monde d'après» selon Jean-Pierre Raffarin et Jacques Attali

10.06.2020 à 09h36
© FKCCI
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L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin parle lors du webinaire organisé par la Chambre de commerce et d'industrie franco-coréenne (FKCCI) sur le thème «Le Monde d'après», le 9 juin 2020.
L'écrivain et économiste Jacques Attali lors du troisième webinaire de la Chambre de commerce et d'industrie franco-coréenne (FKCCI), le 9 juin 2020.
Kim Yeon-hee, directrice générale de Boston Consulting Group Korea, effectue une présentation sur l'impact économique du Covid-19, le 9 juin 2020.

SEOUL, 10 juin (Yonhap) -- Après deux webinaires consacrés au modèle sud-coréen de lutte contre le nouveau coronavirus, la Chambre de commerce et d'industrie franco-coréenne (FKCCI) a organisé mardi en fin d'après-midi (mardi matin, heure française) une nouvelle conférence en ligne avec pour thème «Le Monde d'après» et des invités de renom qui ont partagé depuis Séoul et Paris leur vision de l'ère post-Covid-19.

Les sujets abordés ont été en rapport avec les grandes mutations affectant les équilibres géopolitiques et économiques, la redéfinition en cours des systèmes de pouvoir et des facteurs de puissance, la recomposition des coopérations internationales et des formes de multilatéralisme, ainsi que l'adaptation des sociétés aux nouveaux enjeux sanitaires.

Ce webinaire, qui a rassemblé plus de 500 personnes, a débuté avec des introductions sur la situation actuelle de l'ambassadeur de France à Séoul, Philippe Lefort, du président de la FKCCI, David-Pierre Jalicon, de l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, également président de la fondation Leaders pour la paix, et du vice-ministre adjoint sud-coréen des Affaires étrangères Kim Gunn.

Dans son propos introductif, l'ambassadeur Philippe Lefort a tout d'abord estimé que «la crise du coronavirus a été un révélateur d'un changement d'échelle des puissances, [...] la Corée (du Sud) est probablement en train d'atteindre une nouvelle stature, peut-être un nouveau statut» grâce à sa bonne gestion de l'épidémie de Covid-19.

Mais au-delà de l'effet quantitatif désormais reconnu sur la scène internationale, «la Corée a démontré dans sa réponse à la crise sanitaire la capacité d'un Etat rationnel, hiérarchique et centralisé, mais aussi très à l'écoute de la société civile et capable d'absorber très rapidement et de mettre en œuvre des initiatives locales concrètes», a analysé le chef de la mission diplomatique française.

Il prévoit que, dans le futur, «la Corée sera sans doute une puissance atypique, en ce sens qu'elle n'aura pas le loisir de s'exercer sur un environnement régional immédiat, compte tenu du voisinage de la Chine». «Par conséquent, elle privilégiera certainement des logiques d'expansion et d'alliances au long cours avec des partenaires qui pourront lui apporter des éléments de complémentarité pour renforcer son influence, son autonomie et sa souveraineté.»

«Ses instruments d'expansion sont et resteront la culture très certainement, mais aussi très probablement l'investissement industriel et la recherche dans tous les domaines, notamment ceux de l'énergie, du numérique et de la santé, qui va apparaître certainement dans les mois qui viennent comme l'un des vaisseaux amiraux de la communication coréenne vis-à-vis de l'étranger», a-t-il par ailleurs prédit.

Dans son intervention, l'ancien chef de gouvernement Jean-Pierre Raffarin a dit que «c'est opportun de parler de la Corée, car elle a montré des capacités de performance ces dernières années assez exceptionnelles, plus particulièrement dans cette crise».

Il a ensuite fait part de cinq convictions concernant le monde post-Covid. «La première, c'est que, pour moi, le virus a déclaré la nouvelle "guerre froide" USA-Chine. Je pense que nos relations internationales vont être structurées autour de cette tension. [...] Nous sommes dans une tension politique. Il est clair que la Chine a été choisie par le président américain (Donald Trump) comme thème de la campagne présidentielle. Tout cela va crisper et se développer. Ces deux puissances vont naturellement organiser des pressions sur les autres pays», a-t-il pronostiqué.

«La deuxième réflexion, c'est que cette nouvelle donne va créer une dialectique qui sera montante entre les régimes autoritaires et les démocraties. Le monde va montrer que cette guerre froide est aussi une guerre de systèmes. De ce point de vue-là, il y a donc des évolutions à envisager. Notamment pour le camp démocratique, il faudra voir comment on peut essayer de corriger un certain nombre de défauts.»

Le troisième point est de savoir si, dans un tel contexte, on va assister au réveil de l'Europe. Selon Raffarin, les défis sont nombreux pour le Vieux-Continent : les relations avec les USA, le retrait des accords de Paris, le Brexit, le dossier de la Russie, la situation de l'Otan, les difficultés avec la Chine, etc.

«Quatrième idée : comment allons-nous organiser la gouvernance mondiale ? On voit bien que le multilatéralisme a toute sa capacité mais qu'il est attaqué par les militants de l'unilatéralisme qui date de la Seconde Guerre mondiale...», a-t-il déploré.

Sa dernière conviction est que «nous voyons apparaître une certaine forme de consensus mondial des sociétés civiles». «Il y a de plus en plus d'idées qui se répandent dans le monde à une vitesse très rapide. Nous l'avons vu avec les jeunes et l'environnement. On voit que la conscience de la survie de la planète est quelque chose qui se développe.»

La conférence a ensuite offert une analyse franco-coréenne de la crise mondiale en cours avec Jacques Attali, écrivain, économiste et président de l'association Positive Planet, qui a présenté un point de vue français, et Kim Yeon-hee, directrice générale de Boston Consulting Group Korea, une perspective coréenne.

Jacques Attali a dans un premier lieu souligné que «la Corée est une très grande puissance culturelle, ce qu'on appelle aujourd'hui le "soft power" qui se manifeste dans les bandes dessinées, les jeux vidéo, les dessins animés, les romans, les films». Il a rappelé les prix remportés l'année dernière par le cinéma coréen dans le monde, notamment à Cannes et Hollywood.

Concernant la gestion de la pandémie en cours, il a salué le travail réalisé par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (KCDC), plus particulièrement leur rapidité et stratégie : masquer, tester, tracer et isoler.

Cependant, l'ancien conseiller spécial du président François Mitterrand a regretté que «le soft power coréen n'ait pas été assez puissant pour se faire connaître à temps et nous éviter la catastrophe que les Européens et les Américains ont eu à subir en termes de santé et d'économie».

Il a averti : «La crise n'est pas finie. L'Organisation mondiale de la santé a dit hier qu'elle ne fait que s'aggraver. A l'échelle mondiale, le nombre de cas augmente. La mise en place d'un modèle coréen ailleurs est essentielle. «Il y a donc un marché d'exportation massif pour tous les équipements médicaux et pour le reste du monde», a-t-il fait remarquer.

Il a également souligné le conflit entre les Etats-Unis et la Chine. Mais, d'après lui, il ne s'agit pas d'un conflit entre une superpuissance et son successeur. Il pense que les Etats-Unis sont encore une superpuissance, même s'ils sont en train de s'affaiblir, et que la Chine n'en sera jamais une car, en fait, elle ne le souhaite pas. «La Chine a toujours été une nation tournée vers elle-même sans aucune volonté universaliste ou impériale», a-t-il décrit.

Attali craint justement l'absence de superpuissance dans le futur : «Ce serait une situation très difficile car, quand il n'y a pas de superpuissance, le monde est dans un grand désordre.» Il voit donc une opportunité pour l'Europe. Aussi, il anticipe que les grandes entreprises peuvent devenir des puissances mondiales à leur manière, en contrôlant notamment les données et les industries essentielles, ainsi que la Nature qui impose des mouvements très importants avec la pandémie et le climat.

«Pour moi, nous entrons donc dans un monde extrêmement incertain, très dangereux. Pour cette raison, la Corée, qui est une démocratie à la frontière chinoise, a un rôle absolument majeur de pacificateur, d'intermédiaire. [...] La Corée démontre qu'on peut être une puissance démocratique asiatique», a-t-il ajouté.

Intervenant régulièrement dans les médias locaux pour parler de l'impact du Covid-19 et des perspectives à venir, Kim Yeon-hee a prédit que «la pandémie se poursuivra jusqu'au premier semestre de l'année prochaine et l'impact sur l'économie sera plus grave pour les pays avancés comme les USA et l'Union européenne que pour les pays en développement».

Comme autre effet du coronavirus, la directrice de BCG Korea a anticipé que «cela changera le style de vie du consommateur et donc on devra observer et surveiller la situation du marché». «Il faudra une action préemptive pour saisir cette opportunité de développement», a-t-elle conclu.

Xavier Baldeyrou

(FIN)

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